Podcast et climat : la jeunesse marocaine au micro pour défendre la sécurité alimentaire

Par Mohammed Tafraouti
À Chefchaouen, une jeune journaliste utilise le podcast pour donner la parole aux acteurs locaux et interroger l’impact des pluies extrêmes sur la sécurité alimentaire. Une initiative qui illustre le rôle croissant des nouveaux médias dans la sensibilisation aux défis climatiques.
Les montagnes du Rif, et particulièrement la région de Chefchaouen, subissent de plein fouet les effets d’un climat de plus en plus instable. Après plusieurs années de sécheresse, des pluies torrentielles se sont récemment abattues sur la région, provoquant glissements de terrain et inondations.
Face à cette réalité, la jeune journaliste Hiba Settar a choisi de tendre son micro pour poser une question essentielle : quel impact ces pluies extrêmes peuvent-elles avoir sur la sécurité alimentaire locale ?
Son podcast, diffusé sur Spotify dans la série « Horizons environnementaux : Voix de la Terre », donne la parole aux acteurs de terrain, relie les enjeux locaux aux défis globaux et incarne une nouvelle génération de journalisme environnemental, engagée et ancrée dans les territoires.
Donner la parole aux acteurs locaux
En quelques minutes seulement, Hiba Settar réussit à transformer un événement climatique en une réflexion plus large sur la souveraineté alimentaire. Plutôt que de se limiter à décrire les dégâts causés par les intempéries, elle met en lumière les réponses apportées par les acteurs locaux.
Parmi eux, Abdelilah El Tazi, président de l’Association Talassemtane pour l’environnement et le développement, organisation accréditée auprès de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Il évoque les initiatives menées sur le terrain : réhabilitation des écosystèmes forestiers, plantation d’arbres fruitiers avec les agriculteurs, campagnes de sensibilisation à l’adaptation climatique et organisation des populations en coopératives.
De son côté, Mohamed Sefiani, président de la commune de Chefchaouen et vice-présidente du réseau mondial des gouvernements locaux pour le développement durable, rappelle que le changement climatique touche directement la sécurité alimentaire. Il insiste sur l’importance de l’économie sociale et solidaire, de la valorisation des produits locaux et de la lutte contre le gaspillage alimentaire.
Chefchaouen s’inscrit d’ailleurs dans une dynamique internationale, la ville étant reconnue par l’UNESCO pour sa culture alimentaire méditerranéenne (diète méditerranéenne).
Le rôle croissant des médias environnementaux
Dans un paysage médiatique saturé d’informations, les questions climatiques peinent parfois à trouver une place centrale. Les nouveaux formats numériques, comme le podcast, offrent cependant une opportunité précieuse pour toucher un public plus large, notamment les jeunes générations.
L’initiative de Hiba Settar illustre cette évolution. Son travail ne se limite pas à diffuser des informations : il met en lumière des solutions locales et les relie aux Objectifs de développement durable des Nations unies, notamment la lutte contre la faim (ODD 2), l’action climatique (ODD 13), les villes durables (ODD 11), la consommation responsable (ODD 12) et les partenariats pour le développement (ODD 17).
En établissant ce lien entre le local et le global, le podcast devient un véritable outil pédagogique. Il montre comment un phénomène climatique local peut s’inscrire dans une problématique mondiale et comment les initiatives de terrain contribuent aux solutions globales.
Une nouvelle génération de journalistes engagés
À travers cette initiative, Hiba Settar incarne une génération qui refuse de rester spectatrice face aux défis climatiques. Elle interroge les acteurs publics, donne la parole à la société civile et met en avant des initiatives porteuses d’espoir.
Cette nouvelle génération de journalistes et de créateurs de contenu maîtrise les outils numériques et explore des formats innovants pour raconter les enjeux environnementaux. Mais au-delà de la technique, elle porte une vision : celle d’un journalisme qui place l’environnement au cœur de l’analyse des modèles de développement.
En abordant la question alimentaire sous l’angle du climat, la jeune journaliste montre que la jeunesse marocaine est prête à relever le défi de l’information environnementale.
Multiplier les voix pour l’avenir
L’initiative mérite d’être saluée et encouragée. Dans un pays comme le Maroc, particulièrement exposé aux effets du changement climatique, la diversification des voix et des formats médiatiques est essentielle pour renforcer la sensibilisation et l’action collective.
Podcasts, reportages numériques et enquêtes participatives constituent aujourd’hui des outils précieux pour rapprocher l’information des citoyens.
Avec « Horizons environnementaux : Voix de la Terre », Hiba Settar illustre une voie prometteuse : celle d’un journalisme de proximité, engagé et profondément enraciné dans les réalités locales. À une époque où la confiance dans l’information est souvent fragilisée, ces nouvelles voix redonnent tout son sens au métier de raconter le monde.



